Je ne serai jamais heureuse


Pourquoi cette affirmation gratuite ? 

           Plusieurs raisons : premièrement, mon cerveau me l'interdit. Deuxièmement, je suis allergique aux cons (par « cons », j'entends tous ceux qui ne pensent pas comme moi, c'est à dire approximativement tout le monde d'après la définition du petit Robert édition Nina). Troisièmement, personne ne m'aime à ma juste valeur. Mais il faut dire que je ne fais rien pour non plus. Pourquoi ? C'est simple, se référer à la raison 2, à savoir : je suis allergique aux cons. Alors pourquoi perdre son temps avec des gens qui ne sont que des figurants dans le film de sa vie ?   
Pourrait-on dire que je me complais dans mon malheur ? Probablement, oui. Car comme on dit, le mal-être fortifie et rend fertile la matière grise. Je suis triste donc je suis. Point. Cette utopie en tête à tête avec moi même pourrait être idyllique et pourtant une infime partie de mon être, disons les orteils, aspire à être heureuse. Chose invraisemblable ! Je ne sais pas comment faire pour être heureuse, moi.  
D'ailleurs, le bonheur, ça existe vraiment ? Cette chose idéale, quasi vénérable, mais pour le moins impalpable ? Je n'y crois plus. Je suis en quelque sorte devenue agnostique de la joie. Une païenne qui ne vit (bien grand mot) que pour s'ennuyer et ne rien trouver à faire dans la vie. Je suis bien partie, à seulement 20 ans. Vivement la suite.  
Pourquoi ce mal-être ? D'ailleurs, la solution est peut-être là. Mal... Etre... J'ai peut être un problème avec le verbe « être ». Peut-être qu'on m'a mal formatée durant mes jeunes années, peut-être que j'ai poussé à l'envers, ou pire même, peut-être ne m'a t'on pas donné le bon mode d'emplois à la naissance. Il doit y avoir une erreur. Je suis défectueuse. Mal-heureuse. Et par dessus le marché, défaitiste. Un comble. 
J'étais heureuse autre fois, ou du moins, je n'ai jamais remarqué que je n’étais pas heureuse, ce qui revient peut être à dire que je ne l'étais pas. Ou vice-versa. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Me vient alors cette interrogation : pourquoi chercherais-je à être heureuse si de tout temps j'ai été malheureuse ? Si je sais ce que signifie être bien, en opposition au malheur, alors cela signifie que j'ai bien dû un jour l'expérimenter, que ma quête n'est pas vaine. Oui, tâchons d'être optimiste pour une fois, et partons du principe que la joie n'est pas qu'une sublime illusion. Mais aussitôt, presque malgré moi, les sirènes de la détresse me rappellent à elles. Tout cela pour dire que que je soupçonne fortement mon appareil cérébral de m'interdire la gaité. Le beau salaud. Ce qui m'amène à mon second point : ma phobie des gens me gâche la vie. Si l'image que l'on donne de soi se reflète dans le regard de mon voisin pour me revenir, je comprends alors pourquoi les gens ne m'apprécie guère. Ce cercle vicieux fait que je n'aime personne, donc personne ne m'aime, et ainsi de suite. Logique.  
Vient alors la seconde conclusion : Non seulement je ressens le besoin de me complaire dans mon malheur pour en tirer une certaine fierté, supériorité à penser que je souffre plus que tous les autres, mais en plus, ce snobisme me prive de toute familiarité envers autrui. Et le pire c'est que j'en redemande. Complexe masochiste pur. Car le mythe de l'artiste maudit attire tout autant qu'il rebute, et j'avoue en être une victime. Car cette image à laquelle j'aimerais correspondre flatte, et que pour aller bien, il faut être flatté. Mais comme je ne donne l'envie à personne de me flatter, je juge simplement que personne ne m'aime à ma juste valeur. Pur narcissisme ? Oui, complètement. Et je ne pense pas être la seule dans ce cas, car ce qui nous motive avant tout n'est-ce pas notre soif de reconnaissance ? L'ultime passerelle pour la joie. Naïvement, je dirais que j'en ai assez de ne jamais être heureuse. Cette désinvolture déterminée face à la vie a fini par me lasser. J'aspire à autre chose.   
Bien motivée, je prends d'inutiles résolutions (inutiles car jamais tenues sur le long terme). Je me regarde dans le miroir et décide de mettre une bonne fois pour toutes un coup de pieds mérité dans l'arrière train de cette fille antipathique et blasée. Je veux être heureuse. Un point c'est tout. Naïvement heureuse. Bêtement heureuse. Pas à moitié heureuse, non. Heureuse à plein temps et sans conditions. En d'autres termes, je ne veux plus que mon bonheur dépende de personne. Sauf de moi. Un petit pas pour l'humanité, un grand pas pour Nina. Or, pour cela, pas de surprise. Le secret du bonheur tient en un point primordial: la confiance en soi. Sous condition de confiance en autrui, et donc la confiance d'autrui. Aïe.  

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